Christophe Lachnitt

Passionné par les nouvelles technologies, emballé par les Etats-Unis, intrigué par les neurosciences. Ignorant de tant de choses, curieux d’autant. Drogué aux flux RSS. Savoure chaque jour comme une vie précipitée et privilégiée depuis que, en 2001, mon destin faillit basculer à jamais un jour de mai. A l’aise dans le changement et la prise de risques qui permettent de progresser… ou pas. Convaincu que nous sommes moins responsables de ce qui nous arrive que de la manière dont nous réagissons à ce qui nous arrive.

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Dircom = idiot utile

29
Mar

Lorsqu’on me demande de définir le métier de dircom en quelques mots, je réponds que c’est la gestion de l’ignorance.

En effet, le communicant est en permanence confronté à des spécialistes (experts techniques, financiers, juristes, RH, stratèges, commerciaux, acheteurs, etc.) dont il doit d’abord comprendre la spécialité, la digérer, puis la délivrer en messages convaincants à des audiences aux niveaux de compréhension et aux intérêts très différents.

Il n’a pas fait d’école de management mais il doit présenter la stratégie de son entreprise aux analystes. Il n’a pas de formation économique mais il doit expliquer des performances financières aux journalistes. Il n’est pas un spécialiste de l’activité de son employeur mais il doit la promouvoir à l’égard des clients. Il n’est pas un praticien du droit social mais il doit relayer la politique de ressources humaines auprès des collaborateurs. A ce titre, il doit en permanence gérer son ignorance tout en étant crédible vis-à-vis à la fois de ses sources et de ses publics, lesquels publics sont souvent plus compétents que lui sur un sujet donné.

Mais c’est cette ignorance qui, paradoxalement, fait la force du dircom. C’est notamment ce qui lui permet, beaucoup mieux qu’un spécialiste, d’avoir l’empathie indispensable à une communication efficace (cf. Une émotion n’est pas une idée). En effet, le spécialiste est généralement trop captivé par son domaine d’expertise pour s’ouvrir à des perspectives différentes. Or, comme nous l’avons vu, la communication commence par la prise en compte de l’altérité de son audience. A contrario, le fait d’être ignorant, éloigné d’un sujet fournit au dircom le recul essentiel à la prise en compte des perceptions de différents publics cible.

C’est pourquoi j’ai pris l’habitude d’affirmer que le dircom est un idiot utile – comme aurait dit Lénine (ce blog commence décidément sur des bases très léninistes). Bien comprise, la communication est une école de modestie : le communicant doit tous les jours se mettre à l’écoute de spécialistes sans lesquels il ne pourrait pas communiquer.

Cette approche de la communication me conduit à notamment rechercher quatre qualités chez les candidats que je recrute :

  1. la curiosité, afin de se passionner pour les thèmes communiqués (le communicant doit passer sans cesse d’un sujet à l’autre avec le même intérêt), pour la compréhension des publics cible et, last but not least, pour les sujets de société et d’actualité qui touchent les thématiques de l’entreprise ;
  2. l’agilité d’esprit, pour comprendre, digérer et adapter les différents sujets qu’il doit communiquer ;
  3. le respect d’autrui, première condition de l’écoute des spécialistes dont il dépend et des publics cible qu’il doit convaincre ;
  4. et l’empathie, sur laquelle je ne reviens pas.

Quant à moi, je suis conscient d’être un idiot – j’espère utile – et cela me convient très bien.

 

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    1. Pingback: Best of 2011 | Superception

    2. J’aime beaucoup quand tu parles de l’école de la modestie, je suis tout à fait d’accord avec cette approche de la communication. J’ai changé d’univers de travail plusieurs fois dans des métiers/sociétés souvent très techniques et différentes (informatique, telecommunications, techniques séparatives et maintenant assurance) et je reconnais que cette humilité est nécessaire. Par contre il est grandement recommandé de ne pas paraitre idiot mais comme tu le dis intéressé et curieux.

    3. Pingback: Robert Gibbs, idiot utile à la Maison-Blanche puis chez Facebook ?

    4. Bonne définition !

    5. Merci Christophe pour ce recadrage “utile” … si il y a de la place pour un point 5, je rajouterais le “bon sens” comme qualité de base (et je ne cite pas Lénine ;-)

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