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Toute vérité n'est que perception

La peau d’un autre

Le métier de nègre consiste à se glisser dans la peau de son patron.

Jon Favreau, le jeune (31 ans) rédacteur des discours de Barack Obama depuis 2005, a raconté au Huffington Post comment l’allocution du Président pour sa seconde investiture a été conçu. Passionnant pour tous ceux qui, comme moi, écrivent régulièrement pour leur boss.

La préparation de ce discours commença au début du mois de décembre. Après avoir échangé quelques idées avec Obama, Favreau relut un certain nombre d’adresses prononcées par des Présidents lors de leur seconde investiture. Son objectif était de comprendre ce qui avait fonctionné – et passé le test de l’Histoire – dans les meilleurs exemples du passé.

De manière inattendue, Favreau mentionne la qualité rhétorique du second discours de George W. Bush (fils) même s’il ne s’y retrouve pas toujours, loin s’en faut, sur le fond. L’intérêt de ce speech résidait dans sa structuration autour d’un thème directeur – le succès de la liberté aux Etats-Unis dépend du succès de la liberté dans le reste du monde.

Favreau revisita également les meilleures allocutions d’Obama en quête d’inspiration, de tournures de phrase mémorables et de thèmes marquants. Un autre objectif de Favreau était que le discours soit relativement court (il ne dura que 18 minutes au final). Il rédigea ensuite un premier projet.

A partir des premières phrases de la Déclaration d’Indépendance, Favreau et Obama avaient choisi comme trame la notion selon laquelle l’individualisme des Américains est enrichi par la conviction d’un destin commun – “e pluribus unum” (“de plusieurs, un”) selon la devise datant de la fondation des Etats-Unis.

Jon Favreau ne chercha pas outre mesure à écrire des formules inoubliables. Les discours d’investiture sont souvent remémorés pour une phrase qui traverse les âges. Mais Favreau et Obama sont conscients que là ne réside pas leur principal talent. “Il existe toujours une tentation d’écrire la phrase qui marquera un discours. Mais le plus vous cherchez cette formule, le plus vous risquez de sortir un cliché“, explique Favreau au Huffington Post.

Le tag cloud du discours d’Obama – (CC) Kurtis Garbutt

Naturellement, le Président souhaitait que certains sujets soient couverts dans son discours – l’économie, la protection sociale, le changement climatique, la sécurité nationale, la politique étrangère et l’égalité (notamment à l’égard des homosexuels). Obama et Favreau décidèrent également d’aborder les différences de philosophie politique entre le Président et ses opposants républicains les plus conservateurs.

Deux week-ends avant le jour J, Favreau soumit un projet à Obama. A partir de là, ils partagèrent souvent des modifications et le nombre de versions devint rapidement difficile à compter. Favreau insiste dans l’article du Huffington Post sur la formation d’avocat d’Obama et le fait qu’il attache beaucoup d’importance à la logique de l’argumentation de ses discours. Il écrit ses idées à la main sur des feuilles de bloc et les donne à Favreau pour qu’il amende le projet de discours dans le sens souhaité.

La veille au soir de l’investiture, le texte était finalisé. Il ne restait plus qu’à souligner certains mots pour aider Obama à leur donner la bonne emphase lors de sa prestation. Le Président répéta une dernière fois son allocution à la Maison-Blanche. Le lendemain, Obama et Favreau allèrent ensemble dans la voiture présidentielle au Capitole où Favreau écouta “leur” discours avec ses parents dans la foule tout en surveillant avec anxiété les réactions des commentateurs et du grand public sur Twitter.

Ce qui est frappant et enthousiasmant dans cet exemple est l’intimité intellectuelle entre le rédacteur et son patron ainsi que l’implication de celui-ci dans le travail de celui-là jusqu’aux ultimes répétitions. En effet, comme une publicité, un discours ne peut être conçu par consensus. Plus le nombre de personnes impliquées dans l’élaboration d’une allocution est grand, plus sévère est le risque que celle-ci n’ait aucune cohérence argumentative et stylistique.

C’est leur proximité qui permet au nègre de se glisser dans la peau de l’orateur. C’est elle qui fait les meilleurs duos et, in fine, les meilleurs discours.

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