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Toute vérité n'est que perception

Pour ou contre la publication des photos du cadavre de Ben Laden ?

Cinq réflexions sur l’opportunité ou pas de révéler la désormais fameuse photo qui a été prise du corps de Ben Laden avant qu’il ne soit jeté dans les flots de la mer d’Oman.

  1. Les Etats-Unis sont en guerre contre Al Qaeda. Cette guerre est d’ailleurs la première qui ait frappé les Américains au coeur de leur “mainland” et non dans un territoire aussi éloigné que Pearl Harbor. Or, dans toute guerre, les images ont un impact majeur. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de la photo de la petite Kim Phuc brûlée en 1972 lors d’une attaque au napalm contre son village durant la guerre du Vietnam ou tout simplement de repenser au 11 septembre 2001. Ben Laden et ses tueurs n’avaient en effet pas choisi les Twin Towers comme cibles par hasard. Ils auraient pu tuer plus d’innocents en visant un autre objectif. Mais l’effondrement des Twin Towers leur fournit des images télévisées avec une charge émotionnelle inégalable. De fait, cette attaque a été pensée pour CNN. L’incroyable s’est déroulé en direct devant les yeux de tous ceux qui ont allumé une télévision une fois la pénétration du premier avion dans le World Trade Center connue et ont assisté à l’arrivée du second avion puis à l’effondrement des tours. Ne pas utiliser les images à sa disposition dans une telle guerre revient donc à combattre avec un handicap.
  2. La diffusion d’images de la fin (plus ou moins violente) de tyrans comme Nicolae Ceaucescu, Saddam Hussein et Laurent Gbagbo a pour objectif de fermer un chapitre de l’histoire du pays concerné, voire d’humilier – surtout dans le cas où le tyran ne trépasse pas et où il faut alors remplacer sa mort physique par sa mort symbolique (cf. Laurent Gbagbo photographié en tricot de corps avec son épouse, hagards et dépouillés de toute once de pouvoir et de prestance). La publication de la photo de Ben Laden aurait ainsi permis de fermer le chapitre ouvert pour les Américains le 11 septembre 2001 et à d’autres dates pour les victimes d’autres attentats commandités par le chef terroriste. Cela aurait aussi pu constituer une autre clôture, celle du leadership messianique de Ben Laden sur des populations arabo-musulmanes qui semblent aujourd’hui davantage enivrées par l’élixir de la démocratie.
  3. La photo a été décrite par plusieurs représentants de l’Administration Obama. Or une image que l’on nous décrit mais que l’on ne voit pas a un pouvoir beaucoup plus grand sur notre imagination qu’une image qu’on voit. C’est pourquoi on est souvent déçu quand on regarde au cinéma l’adaptation d’un roman. On s’était imaginé les scènes décrites dans le livre d’une manière différente de celles représentées dans le long métrage. Décrire la photo sans la montrer revient donc à produire l’exacte réaction que les Américains souhaitent éviter : l’inflammation de l’imagination et, partant, des émotions.
  4. La Maison-Blanche a (partiellement) joué le jeu des images en publiant un cliché de Barack Obama et son équipe dans la Situation Room. On ne sait pas très bien s’ils regardent en direct les images filmées par le commando ou s’ils assistent à un briefing réalisé depuis le Pakistan mais la charge émotionnelle de cette photo est très grande (notamment le poids de la responsabilité qu’on lit sur le visage d’Obama et l’effroi qu’on découvre sur les traits d’Hillary Clinton). On peut donc voir la scène qui s’est déroulée lors de l’attaque contre Ben Laden dans les yeux de ceux qui la regardent mais pas voir le cliché dépeignant cette scène. Là aussi, la révélation de cette seule photo si chargée émotionnellement encourage stérilement le travail de nos imaginations.
  5. Last but not least, en ayant finalement refusé de révéler la photo du cadavre de Ben Laden, Obama a en quelque sorte lancé le concours Lépine du Photoshop sanguinolent. Des clichés vont sortir dans les médias dans les prochaines semaines et il sera difficile de savoir si ce seront des faux (comme celui qui a émergé quelques heures seulement après le discours d’Obama à la télévision) ou s’il s’agira de la vraie photo qui, elle aussi, finira tôt ou tard par sortir, peut-être même accompagnée des images vidéo filmées par le commando lors de l’assaut.

Le Président Obama et son équipe dans la Situation Room de la Maison-Blanche lors de l’assaut contre Ben Laden – (CC) United States Government Work

Je ne sais honnêtement pas s’il aurait fallu, dans l’absolu, publier la photo de Ben Laden ou pas.

Ce dont, par contre, je suis convaincu est qu’Obama a commis une erreur de communication en laissant son équipe évoquer l’existence de cette photo et même la décrire pour finalement ne pas la montrer. Car, ce faisant, il s’adjuge les inconvénients des deux options. Et le fait que la Maison-Blanche et la CIA aient déjà raconté plusieurs versions de l’assaut ne fait qu’ajouter au mauvais jugement qu’on peut avoir sur la gestion de la communication relative à la brillante opération menée par les Navy Seals. Ce n’était en effet pas le meilleur moment pour que la Maison-Blanche tente de démontrer que mille mots valent une image…

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