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Toute vérité n'est que perception

C’est lorsqu’elle est empreinte de respect qu’une compétition est la plus exigeante

Démonstration avec Roger Federer, Rafael Nadal, George W. Bush et Bill Clinton.

L’actualité récente nous a présenté deux duos improbables.

Le premier est composé de Roger Federer et Rafael Nadal, dont la rivalité sur les courts est certainement la plus grande joute de cette discipline et probablement l’une des plus formidables de l’histoire du sport.

J’écrivais il y a quelques années sur Superception que le tennis conjugue la virtuosité de l’ébénisterie et la violence de la boxe. Si l’on excepte le noble art, il n’est pas d’affrontement mental plus impitoyable : les tennismen ne se frappent pas physiquement mais ils s’assènent des coups psychologiques aussi dévastateurs que des uppercuts.

Le fait que, dans ce jeu, tous les points n’ont pas la même valeur lui ajoute une perversité particulière : c’est dans les moments-clés (les balles de break, de set et de match) qu’on reconnaît les champions, ceux qui n’ont pas seulement la technique tennistique et l’endurance physique mais qui disposent de la force mentale requise pour surpasser leurs adversaires.

Federer et Nadal se sont affrontés 40 fois (l’Espagnol mène 24 victoires à 16), dont 24 fois en finale de tournoi (14 succès à 10 pour le Majorquin) et 14 fois en grand chelem (Nadal a, là aussi, un bilan positif avec 10 victoires à 4). Surtout, ils détiennent aujourd’hui respectivement 20 et 19 titres du grand chelem et s’apprêtent à disputer une saison 2020 historique dans laquelle ils voudront se départager.

On comprendrait que leur lutte ait nourri un antagonisme entre eux, comme celui qui opposa par exemple Jimmy Connors et John McEnroe. Mais c’est le respect et l’amitié qui définissent leur relation comme l’ont de nouveau montré leurs interactions lors de la récente Laver Cup (une Ryder Cup du tennis organisée par Roger Federer). Leur complicité pouvait être d’autant moins feinte qu’elle dura les trois jours de la compétition et s’inscrivait dans le droit fil des éditions précédentes.

On eut ainsi droit à des moments magiques pour les fans de tennis : Federer et Nadal discutant sans cesse pendant les trois jours dans les tribunes, Federer venant coacher Nadal pendant ses matches de simple (voir ci-dessous) et vice-versa et les deux monstres du tennis conseillant et encourageant leurs plus jeunes coéquipiers, au premier rang desquels Dominic Thiem, Stefanos Tsitsipas et Alexander Zverev.

La scène la plus réjouissante eut lieu juste avant le dernier simple de la compétition, qui allait déterminer l’équipe vainqueur (Europe ou reste du monde), lorsque Federer et Nadal accompagnèrent Zverev aux vestiaires en lui délivrant un discours de motivation à deux voix : “Tu ne dois jamais avoir une pensée négative. Nous voulons te voir serrer le point après chaque point gagné et ne rien laisser transparaître sur les points perdus1.

Roger Federer & Rafael Nadal – (CC) Pierre Albouy/Reuters

L’autre duo improbable de l’actualité récente est constitué de George W. Bush et Bill Clinton. Le républicain et le démocrate pourraient difficilement être plus éloignés l’un de l’autre sur l’échiquier politique américain2. Ils pourraient d’autant plus se vouer aux gémonies que Bill Clinton défit le père de George W. Bush, l’empêchant d’accomplir un second mandat à la Maison-Blanche. Et pourtant, les deux anciens présidents sont devenus amis, à tel point que Bush appelle Clinton son “frère d’une autre mère“.

Ce développement de leur relation était loin d’être garanti : en 2000, George W. Bush se présenta aux électeurs américains comme le remède aux scandales sexuels de la Présidence Clinton au sujet duquel il avait clairement laissé transparaître son mépris durant des années. Quant à Clinton, il se moqua si efficacement de “W” durant cette campagne que son père, George H.W. Bush, prit sa défense en menaçant de dire à la nation ce qu’il pensait de son successeur “comme être humain“.

Leur relation commença à évoluer lors de la passation de pouvoirs entre eux à la Maison-Blanche en 2000. Elle devint plus amicale encore lorsque Bill Clinton collabora avec George H.W. Bush sur des missions humanitaires à travers les Etats-Unis et la planète, puis lorsque Bush Jr. accompagna Bill dans des voyages que son père n’avait plus la force d’endurer.

Désormais, Bill Clinton et George W. Bush animent un projet d’éducation commun, le Presidential Leadership Scholars, qui vise à former des leaders à partir des leçons et enseignements de quatre Présidents américains : George W. Bush, Bill Clinton, George H.W. Bush et Lyndon B. Johnson. C’est en écoutant récemment une conférence de George W. Bush et Bill Clinton dédiée à ce projet que je me rendis vraiment compte de leur amitié, fortifiée par deux solides sens de l’humour (incidemment, “W” est probablement imbattable en matière d’autodérision), et de leur engagement commun pour plusieurs causes. Pouvez-vous imaginer deux anciens présidents français de bords politiques différents, voire du même camp, s’engager ainsi ensemble ?

George W. Bush & Bill Clinton – (CC) Chip Somodevilla/Getty Images

Ces deux duos improbables, Roger Federer et Rafael Nadal d’un côté, George W. Bush et Bill Clinton de l’autre, nous prodiguent une leçon contre-intuitive : c’est lorsqu’elle est empreinte de respect que la compétition est la plus exigeante.

Il est évident qu’un combat est plus beau lorsqu’il est drapé du respect mutuel entre les deux rivaux concernés. Mais pourquoi est-il plus exigeant ? Parce que la lutte est plus difficile lorsqu’on bataille en appliquant les mêmes règles du jeu que son adversaire.

C’est vrai en politique, même si George W. Bush et Bill Clinton n’ont pas eu l’occasion de se faire face dans une élection : c’est lorsqu’on se bat avec ses idées et qu’on se refuse à employer des moyens inconvenants qu’on mène le combat le plus difficile. Il est plus facile de tricher ou de détourner le débat politique des idées pour cacher sa vacuité dans ce domaine.

Il en va de même en sport : Federer et Nadal, par exemple, ne vont pas s’en remettre aux tactiques d’intimidation chères à Jimmy Connors ou dépasser les bornes comme Nick Kyrgios pour tenter de prendre le dessus l’un sur l’autre. Ils vont se battre avec les armes qui font l’essence de ce sport. Leur respect mutuel est la garantie que c’est vraiment le meilleur d’entre eux, pas le plus vicieux ou le moins scrupuleux, qui l’emportera.

En réalité, la sincérité de leur relation garantit la loyauté de leur compétition.

Il me semble que c’est une leçon que beaucoup d’équipes de direction pourraient s’appliquer.

1 Certains auront vu dans ces images une heureuse mise en scène pour promouvoir cette super-exhibition. D’autres, dont je suis, y ont surtout observé la passion des deux joueurs pour leur sport, leur esprit de compétition et leur estime mutuelle. On ne peut pas faire semblant sur trois jours trois années de suite.

2 Cette assertion vaut naturellement en temps normal. Avec la radicalisation du Parti républicain et l’accession à la Maison-Blanche de Donald Trump, elle doit être relativisée.

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