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Toute vérité n'est que perception

La dangereuse essentialisation communautaire des relations humaines

Coup de gueule.

Au début de ce mois, était rendue publique une vidéo dans laquelle les joueurs de football français du FC Barcelone Ousmane Dembélé et Antoine Griezmann se filmaient dans une chambre d’hôtel à Tokyo en train de se moquer d’employés de l’établissement qu’ils avaient appelés à l’aide pour connecter leur console de jeux à la télévision. Pour être plus précis d’ailleurs, Dembélé se moque d’eux et Griezmann acquiesce en riant.

Depuis la révélation de cette triste affaire, les deux joueurs veulent faire croire, contre toute évidence, que leur attitude et leur propos n’étaient pas racistes. Ils centrèrent notamment leurs déplorables excuses, où ils n’assument rien, sur cette dénégation. Griezmann osa même écrire que “certaines personnes veulent me faire passer pour l’homme que je ne suis pas“, comme si quelqu’un l’avait obligé à se comporter ainsi alors qu’il se croyait à l’abri de tout regard.

A ce sujet, plusieurs commentateurs, dans une presse sportive française dont l’endogamie avec les athlètes qu’elle couvre ne connaît pas de limites1, plaidèrent l’erreur de communication pour défendre les deux joueurs. Mais il ne peut s’agir d’une telle bévue étant donné que cette vidéo était d’ordre privé et destinée à le rester. Plutôt qu’un écart avec des éléments de langage, c’est donc la vraie nature des intéressés qu’elle révèle et c’est bien plus grave. En outre, souligner l’origine privée de cette vidéo, comme Dembélé le fit dans son message d’excuse, revient à dire : “Dans ma vie publique, je joue un rôle pour que vous m’aimiez et que mes sponsors me paient. Laissez-moi être raciste en cachette“.

Certaines marques se positionnèrent également par rapport à la connotation raciste de la vidéo : Rakuten, grand groupe japonais et sponsor principal du FC Barcelone, s’indigna publiquement et l’éditeur de jeux japonais Konami rompit son partenariat avec Griezmann.

Ousmane Dembélé et Antoine Griezmann – (CC) FFF TV

Le paradoxe de cette polarisation générale sur le lamentable racisme de la conduite de Dembélé et Griezmann est qu’elle atténue la gravité de celle-ci.

En n’évoquant que cet aspect, les observateurs et les dirigeants et sponsors du FC Barcelone ignorent que les agissements des deux joueurs auraient été détestables même si les salariés de l’hôtel avaient appartenu à la même communauté ethnique qu’eux : le fait de se moquer de modestes employés en leur présence et dans une langue qu’ils ne comprennent pas aurait dû suffire à la condamnation, sur le plan moral, des deux joueurs. Doit-on par exemple comprendre que ce comportement correspond aux valeurs des sponsors non-japonais qui n’ont pas réagi ?

En focalisant ce misérable épisode sur le racisme qu’il représente, on occulte sa dimension ontique. Or elle devrait subsumer celle relevant de la discrimination ethnique. Ainsi l’essentialisation communautaire agit-elle contre l’unité qu’elle est censée promouvoir.

Dans son plaidoyer, Antoine Griezmann fit implicitement référence à sa défense des Ouïghours, cette population musulmane du Xinjiang martyrisée par le gouvernement chinois : il avait mis un terme à son contrat avec Huawei à la fin de l’année dernière pour les soutenir. Mais l’Histoire nous a appris à nous méfier de ceux qui prétendent aimer l’humanité mais n’aiment pas les humains.

C’est pourquoi, en regardant la vidéo d’Ousmane Dembélé et Antoine Griezmann, je pensais aux célèbres mots d’Albert Camus :

Celui que j’insulte, je ne connais plus la couleur de son regard. […] Nous ne vivons plus dans un monde d’hommes mais dans un monde de silhouettes“.

1 Cette mansuétude, en l’occurrence coupable, concerne les seuls sportifs français. Naomi Osaka aurait par exemple certainement apprécié de bénéficier de la bienveillance des journalistes français lorsqu’elle manqua une conférence de presse à Roland Garros en raison de ses problèmes psychiques.

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