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Toute vérité n'est que perception

Obama communique-t-il trop ?

Dans sa première année comme Président, Obama a battu tous les records de présence médiatique. Est-ce la bonne stratégie ?

Il a ainsi donné 158 interviews individuelles – 90 à la télévision, 11 à la radio et le solde dans la presse écrite – et tenu 42 conférences de presse. Il a aussi prononcé 411 allocutions en tout genre et participé à 23 rencontres-débats.

Le problème est que communiquer à tout bout de champ peut être contre-productif si l’expression publique ne bénéficie pas, en particulier, d’un message global et d’une cohérence sur la durée (cf. Une émotion n’est pas une idée). Comme la nourriture des fast-food, la communication a alors un goût très éphémère.

Barack Obama lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche – (CC) Talk Radio News Service

L’ironie est qu’Obama fut considéré durant sa campagne comme l’un des meilleurs communicants de l’histoire des Etats-Unis. Mais, à la différence de Bill Clinton, il n’a pas su réitérer à la Maison-Blanche les prouesses de communication qui lui ont permis d’accéder à la présidence.

Durant sa campagne, le moteur de la communication d’Obama avait été son histoire personnelle et la capacité qu’il projetait, du fait de son exceptionnel parcours, à pouvoir rassembler les Américains autour d’une vision commune après le magistère ô combien clivant de George W. Bush. Mais il n’a pas su développer une histoire aussi puissante pour l’Amérique que pour lui-même. Le résultat est que les Américains semblent désorientés par l’empilement des initiatives d’Obama – et par ses communications incessantes – auxquelles manquent un fil rouge, un narratif global qui encapsule l’ensemble des actions de son administration pour leur donner du sens (l’équivalent du “Bridge to the 21st Century” de Bill Clinton). L’une des premières missions d’un leader, en effet, est d’être prescripteur de sens. C’est parce qu’il avait donné du sens à sa campagne qu’Obama avait emporté l’élection aussi largement. C’est parce qu’il peine à en donner depuis qu’il est à la Maison-Blanche qu’il dirige le pays sans réellement le conduire. Les Américains ne demandaient qu’à suivre le Président Obama à condition de comprendre là où il voulait les emmener.

En outre, Obama a failli dans l’explication des politiques qu’il a initiées – qu’il s’agisse du redressement de l’économie ou de l’assurance maladie pour ne citer que les deux programmes les plus emblématiques de son début de présidence. A contrario, Bill Clinton se distinguait comme le meilleur pédagogue sur les sujets complexes que la Maison-Blanche n’ait jamais accueilli (Reagan, lui, était celui qui savait le mieux faire rêver ses concitoyens sur le futur de l’Amérique).

A ces problèmes de fond s’est ajouté un souci de forme. Obama semble être le seul à être capable de promouvoir l’activité de son administration. Toujours animé d’une confiance confondante en ses propres moyens, il en est certainement persuadé. Il faut dire que les prestations d’Harry Reid et Nancy Pelosi – respectivement leader de la majorité démocrate au Sénat et dirigeante de la Chambre des Représentants (avant les élections de mi-mandat) – ne l’ont pas aidé à changer d’avis à cet égard. Il alla même jusqu’à se faire interviewer dans les cinq émissions politiques du dimanche matin le 14 septembre 2009, une première pour un président. Mais l’abondance d’Obama est vite devenue matraquage – et cette perception a été décuplée par l’absence de sens donnée à ses multiples interventions.

On peut tirer deux leçons générales des débuts de communication du Président Obama – sachant que les problèmes ici relevés donnent toujours aujourd’hui peu de signes d’amélioration. Primo, dans toute organisation, les prises de parole du dirigeant ne doivent pas être trop fréquentes pour conserver un certain poids : on ne prête en effet plus attention au leader qui s’exprime trop souvent alors que les propos de celui qui parle plus rarement sont davantage attendus et écoutés. Secundo, on écoute un leader dont la communication est prescriptive de sens pour l’action de l’organisation qu’il dirige alors qu’on se contente d’entendre un leader dont la communication est descriptive.

Ainsi, le discours d’Obama est-il devenu comme ces musiques d’ambiance qu’on entend dans les ascenseurs mais auxquelles on ne prête plus attention. “Yes We Can… Hear You”.

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