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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Même les PDG ont des émotions…

… et cela les conduit à commettre des erreurs. Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Il est parfois considéré comme une hérésie, surtout dans notre pays, d’envisager qu’un patron d’entreprise, cet être supposé froid et calculateur, puisse avoir des émotions. C’est pourtant toujours le cas et leur directeur de la communication, incidemment, est souvent le mieux placé pour en témoigner.

Au mois d’août dernier, les Etats-Unis furent choqués par un acte managérial délirant de Tim Armstrong, le charismatique PDG d’AOL : il licencia Abel Lenz, le directeur créatif de Patch, la filiale d’AOL dédiée à l’actualité hyperlocale, en direct pendant une réunion avec l’ensemble de ses 1 000 employés parce qu’il avait pris une photo alors qu’Armstrong s’exprimait.

La photo qui provoqua l'ire de Tim Armstrong prise par Abel Lenz et mise en ligne pour la première fois sur le blog de Jim Romenesko - (CC) Abel Lenz

La photo qui provoqua l’ire de Tim Armstrong prise par Abel Lenz et mise en ligne pour la première fois sur le blog de Jim Romenesko – (CC) Abel Lenz

Un excellent article de Business Insider raconte en détail les temps perturbés qui ont mené Armstrong à un tel dérapage.

La situation de Tim Armstrong à l’égard de Patch était particulièrement délicate : cette filiale était son idée et il s’était particulièrement engagé dans son déploiement, y compris avec Abel Lenz qui concrétisait créativement ses concepts. Il avait investi au nom d’AOL environ 500 millions de dollars dans son développement, soit davantage que le coût d’acquisition du Huffington Post (315 millions). Patch créa plus de 900 sites d’information hyperlocale à travers les Etats-Unis sans produire les résultats financiers escomptés.

Alors que, contrairement à ses prédécesseurs, Tim Armstrong avait réussi à redresser AOL, la situation de Patch fut au coeur d’une attaque, fin 2011, de Jeffrey Smith, un “investisseur activiste” contre AOL et, surtout, contre le management de Tim Armstrong. Smith prit 4,5% du capital du Groupe et mena une campagne de cinq mois pour tenter de réformer sa gouvernance et sa stratégie, à commencer par son investissement dans Patch. C’est dans le coeur de cette bataille qu’Armstrong promit que Patch serait profitable fin 2013 afin de contrer l’une des accusations les plus dévastatrices de Smith. Armstrong remporta finalement son conflit contre Smith en grande partie grâce à la confiance qu’il inspirait personnellement aux investisseurs d’AOL.

Mais il devait désormais tenir la promesse qu’il avait faite à propos de Patch. Deux jours avant la réunion fatale à l’emploi de Lenz et à l’image d’Armstrong, ce dernier s’était adressé à l’équipe de sa filiale pour lui dire qu’il tiendrait son engagement. Il expliqua qu’il devait se réunir avec son Conseil le lendemain pour décider du programme à mettre en oeuvre à cette fin (qui s’avéra un plan de licenciements massif) et reviendrait le surlendemain pour partager les conclusions de cette discussion.

Après cette réunion, le patron de Patch lui signala qu’Abel Lenz avait pris des photos. Il fut demandé à ce dernier de ne plus se comporter ainsi à l’avenir, admonestation dont il ne tint pas compte dès la réunion suivante. Et c’est alors que toutes les émotions suscitées par le combat avec Jeffrey Smith et, surtout, le licenciement d’une partie importante de l’équipe qu’il avait constituée pour développer le projet auquel il croyait le plus submergèrent Tim Armstrong et qu’il limogea Abel Lenz devant mille de ses collègues.

Cette histoire met en lumière combien un dirigeant uniquement régi par ses émotions peut se révéler fragile et faillible. Je milite personnellement pour que tous les managers, y compris les PDG, valorisent leurs émotions, notamment dans l’indispensable empathie dont ils doivent faire montre à l’égard de leurs équipes. Mais, si leurs émotions sont bénéfiques lorsqu’elles sont tournées vers les autres, elles sont préjudiciables lorsqu’elles sont tournées vers eux-mêmes.

Cela confirme l’un des principes de management auquel je crois le plus (lire notamment ici) : investir toute son estime de soi dans sa carrière ou dans l’un de ses projets professionnels conduit à un aveuglement préjudiciable à l’entreprise pour laquelle on travaille car on prend des décisions destinées à préserver ses émotions plutôt qu’à obtenir des résultats.

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