Fermer

Ce formulaire concerne l’abonnement aux articles quotidiens de Superception. Vous pouvez, si vous le préférez, vous abonner à la newsletter hebdo du site. Merci.

Abonnement

Fermer

Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

La capacité de régénération des Etats-Unis est toujours aussi impressionnante

Le contraste est saisissant entre une vie politique américaine horizontale et notre vie politique française verticale.

Alors que le début des primaires démocrates se profile à l’horizon – les deux premiers débats télévisés auront lieu les 26 et 27 juin prochains –, le profil des candidats en lice ou en phase de réflexion montre la faculté de la Société américaine de se renouveler.

En effet, on voit émerger une quinzaine de prétendants, plus ou moins jeunes, qui fondent leur candidature sur des parcours de vie souvent singuliers et des accomplissements professionnels, dans le public ou le privé, qui ne le sont pas moins. Beaucoup sont méconnus et tous ne doivent leur présence sur la scène politique nationale qu’à la dynamique qu’ils développent.

Ainsi donc, la vie politique américaine est-elle très horizontale. Certains voudront m’opposer le rôle que l’argent y joue pour contredire cette assertion. C’est un élément qu’il ne faut pas occulter mais dont il faut nuancer l’importance en considérant que la richesse n’a pas toujours fait la bonne fortune électorale des intéressés et que les mécaniques d’engagement favorisées par les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à des candidats sans patrimoine de récolter auprès de leurs sympathisants des sommes considérables.

Trois facteurs au moins participent de l’horizontalité de la vie politique américaine :

  • le plus puissant est le système des primaires qui, à tous les échelons locaux et nationaux, permet à de nouveaux entrants de challenger les élus. Cette mécanique est à mon sens indispensable pour que la démocratie s’épanouisse réellement : si les citoyens ne peuvent choisir leurs élus que dans un pool prédéterminé par les appareils de parti, leur liberté de vote n’est pas complète ;
  • le plus profond est le fédéralisme qui confère de vrais pouvoirs aux responsables locaux et, peut-être surtout, permet aux électeurs d’identifier les responsabilités de ces derniers. Le fédéralisme induit également, par exemple à l’échelle des Etats, la reproduction du système de gouvernance en vigueur au niveau fédéral et favorise ainsi le développement de leaders préparés à l’exercice du pouvoir ;
  • le plus répandu est le web social qui, outre ses bienfaits en matière de financement, offre la possibilité à des candidats dépourvus d’une structure de campagne établie de se faire connaître et échanger avec leurs concitoyens. Il n’est pas propre à l’Amérique. Certes, Barack Obama et Donald Trump ont tiré profit de cette révolution. Mais Emmanuel Macron aussi.

Néanmoins, notre pays subit une vie politique encore trop verticale : les protagonistes y émergent en suçant la roue, pour prendre une métaphore cycliste, d’un leader. Même Emmanuel Macron, tout dynamiteur du système politique qu’il est, a-t-il surgi sur l’échiquier politique national non pas par ses propres moyens mais en travaillant pour François Hollande avant de le concurrencer. Celui qui se dit Jupiter est sorti de la cuisse d’un autre Jupiter.

A cet égard, les élections européennes sont symptomatiques de la verticalité de notre vie politique : la majorité des têtes de liste qui sont de nouveaux entrants sur la scène électorale nationale doivent leur rôle à leurs leaders de parti respectifs, directement ou à travers une instance de leur appareil, et non au vote des citoyens ou militants. C’est le cas de Manon Aubry chez les Insoumis, Jordan Bardella au sein du Rassemblement national, François-Xavier Bellamy chez les Républicains, Ian Brossat au Parti communiste et Nathalie Loiseau au sein de la République en marche. Le renouvellement qu’ils incarnent est donc partiel parce que partial.

La Maison-Blanche – (CC) Christophe Lachnitt

Pour revenir aux Etats-Unis, intéressons-nous à certains des primo-candidats à la Maison-Blanche qui, aux côtés de Joe Biden et Bernie Sanders, apportent du sang neuf et des profils très divers sur l’échiquier politique national. Je vous présente ici, par ordre alphabétique, leurs parcours de vie, lesquels jouent un rôle considérable dans les élections outre-Atlantique, davantage que leurs positions politiques.

Cory Booker

Cory Booker est diplômé en sciences politiques et sociologie de l’université de Stanford, en histoire de l’université d’Oxford (dans le cadre d’une bourse Rhodes comme Bill Clinton et Pete Buttigieg) et en droit de l’université de Yale. Durant ses études à Yale, il créa un service de conseils juridiques gratuits pour les résidents pauvres des environs.

Il remporta un siège au conseil municipal de Newark (New Jersey) après avoir fait une grève de la faim et vécu sous une tente afin d’attirer l’attention sur les problèmes résultant du trafic de drogue dans certains quartiers de la ville. Il fut ensuite élu deux fois maire de celle-ci. Il doubla le nombre de logements HLM, réduisit le déficit de la ville par un facteur supérieur à deux et baissa également significativement son taux de criminalité. Il sauva également l’une de ses administrées de sa maison en feu au prix de brûlures au deuxième degré.

Il est Sénateur des Etats-Unis pour le New Jersey depuis 2013.

Pete Buttigieg

Pete Buttigieg est diplômé en histoire et littérature de l’université de Harvard et en philosophie, politique et économie de l’université d’Oxford où il étudia dans le cadre d’une bourse Rhodes (comme Bill Clinton et Cory Booker).

Il est maire de South Bend, une ville de l’Indiana traditionnellement conservatrice, depuis 2012. Il était alors le plus jeune maire d’une cité de plus de 100 000 habitants outre-Atlantique. Il s’est attelé au redéveloppement économique et social de la ville. Il est officier de réserve des services de renseignement de la Marine et servit durant sept mois en Afghanistan pendant son premier mandat de maire.

Pete Buttigieg, qui parle huit langues et serait le plus jeune (il a 37 ans) et le premier Président gay des Etats-Unis, donne une vocation générationnelle à sa potentielle candidature présidentielle, ambitionnant de traiter les enjeux qui influeront sur la vie des milléniaux dans les prochaines décennies.

Il est à mon sens, à ce stade de la pré-campagne, le candidat le plus intéressant.

John Delaney

Fils d’un électricien, John Delaney passa une partie de sa jeunesse à travailler avec son père sur ses chantiers. Des bourses notamment obtenues grâce au syndicat auquel son géniteur appartenait lui permirent de suivre des études à l’université : il est diplômé en droit de Georgetown.

Il cofonda et dirigea deux entreprises cotées en Bourse et fut élu entrepreneur de l’année par Ernst & Young en 2004.

Il représente un district du Maryland à la Chambre des Représentants depuis 2012.

Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir d’en haut à droite : Cory Booker, Pete Buttigieg, John Delaney, Kamala Harris, Kirsten Gillibrand et Tulsi Gabbard

Tulsi Gabbard

D’origine samoa et indienne, Tulsi Gabbard fut élue à 21 ans au sein de la Chambre des Représentants de l’Etat de Hawaii.

Elle ne put se représenter car elle se porta volontaire pour servir en Irak dans une unité médicale dans des zones de combat. Elle servit ensuite au Koweït.

A son retour, elle fut élue au conseil municipal de Honolulu. Elle représente un district d’Hawaii au sein de la Chambre des Représentants depuis 2012.

Kirsten Gillibrand

Kirsten Gillibrand est diplômé en études asiatiques de l’université Dartmouth et en droit de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA).

Elle accomplit la première partie de sa carrière comme avocate d’affaires à New York tout en assurant la défense pro bono de femmes et enfants battus. Elle s’engagea également pour la campagne sénatoriale de Hillary Clinton à New York.

Elle fut élue quelques années plus tard pour représenter un district républicain de l’Etat de New York à la Chambre des Représentants des Etats-Unis. Elle y fut réélue puis fut choisie en 2009 par le gouverneur de l’Etat pour occuper le siège de Hillary Clinton au Sénat après la nomination de celle-ci comme Secrétaire d’Etat par Barack Obama. Elle fut ensuite élue trois fois de suite pour continuer d’assumer ce rôle.

Last but not least, elle parle chinois.

Kamala Harris

D’origine indienne et jamaïcaine et fille de deux parents immigrés, Kamala Harris est diplômée en sciences politiques de l’université de Howard et en droit de l’université de Californie.

Elle fut notamment procureur du district de San Francisco puis procureur général de Californie.

Elle est sénatrice des Etats-Unis pour l’Etat de Californie depuis 2017.

John Hickenlooper

John Hickenlooper est diplômé en géologie de l’université de Wesleyan. Il commença sa carrière comme géologue dans l’industrie du pétrole au Colorado. Lorsqu’il en fut licencié en raison du déclin local de ce secteur, il créa une brasserie dans une partie dangereuse de Denver dont il contribua au redéveloppement.

Il fut ensuite élu deux fois maire de Denver puis deux fois gouverneur de l’Etat du Colorado.

Amy Klobuchar

D’origine slovène (ses arrière-grands-parents émigrèrent aux Etats-Unis), Amy Klobuchar est diplômée en sciences politiques de l’université de Yale et en droit de l’université de Chicago.

Elle commença sa carrière comme avocate d’affaires dans un cabinet du Minnesota. Elle fut ensuite élue procureur d’un comté de l’Etat.

Elle est sénatrice des Etats-Unis pour l’Etat du Minnesota depuis 2006.

Beto O’Rourke

Robert Francis O’Rourke, surnommé Beto, est souvent comparé à Bobby Kennedy en raison des prénoms, de l’allure physique et du charisme qu’il partage plus ou moins avec RFK (mon icône politique personnelle).

Il est diplômé en littérature anglaise de l’université de Columbia. Après quelques petits boulots, il cofonda une entreprise de logiciels et services Internet que son épouse continue aujourd’hui de diriger.

Il fut ensuite élu deux fois au conseil municipal d’El Paso (Texas), puis, grâce à une exceptionnelle campagne de porte-à-porte, représentant d’un district du Texas à la Chambre des Représentants des Etats-Unis, où il fut réélu deux fois.

Il abandonna ensuite son siège pour se présenter au Sénat américain. Il fit face à Ted Cruz, sénateur du Texas très implanté dans cet Etat très républicain et ancien candidat à la primaire républicaine à la Maison-Blanche. Considéré au début de la campagne comme n’ayant pas la moindre chance de défaire Cruz, il finit à seulement trois points du sortant après avoir de nouveau mené une remarquable campagne sur le terrain et dans la sphère numérique. Son équipe était constituée uniquement de volontaires, sans consultant ni sondeur. Il reçut des contributions financières de plus de 800 000 personnes.

Malgré sa défaite, le phénomène Beto O’Rourke était né.

Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir d’en haut à droite : John Hickenlooper, Amy Klobuchar, Beto O’Rourke, Andrew Yang et Elizabeth Warren

Elizabeth Warren

Alors qu’elle appartenait à la classe moyenne, la famille d’Elizabeth Warren connut de profondes difficultés financières quand son père subit des problèmes de santé. De ce fait, elle commença à travailler comme serveuse à 13 ans dans le restaurant de sa tante.

Elle fut une star des concours de débat dans son lycée et son Etat, ce qui lui permit de gagner une bourse pour étudier à l’université George Washington. Elle poursuivit ensuite ses études de droit dans les universités de Houston et Rutgers.

Elle enseigna le droit pendant plus de vingt ans tout en effectuant des recherches sur les problèmes financiers de la classe moyenne et la protection des consommateurs. Elle devint un professeur de droit très influent par son enseignement à Harvard et ses travaux.

Elle fut largement à l’origine de la création de l’agence de protection des consommateurs à la tête duquel Barack Obama la nomma.

Elle est sénatrice des Etats-Unis pour l’Etat du Massachusetts depuis 2011.

Andrew Yang

Fils d’immigrés taiwanais, Andrew Yang est diplômé en économie de l’université de Brown et en droit de l’université de Yale.

Il fut avocat d’affaires dans un cabinet de New York avant de créer un site Internet philanthropique puis de rejoindre une start-up logicielle à ses tout débuts et d’en diriger une autre. Lorsque celle-ci fut rachetée par une autre entreprise, Andrew Young créa une nouvelle initiative philanthropique afin d’aider à promouvoir les startups.

2 commentaires sur “La capacité de régénération des Etats-Unis est toujours aussi impressionnante”

› Ajouter un commentaire

Très bon article argumenté comme d’habitude sur la vie politique américaine. Par comparaison, on peut mesurer la médiocrité de notre vie politique et le vide sidéral qui en découle.

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Remonter

Logo créé par HaGE via Crowdspring.com

Crédits photos carrousel : I Timmy, jbuhler, Jacynthroode, ktsimage, lastbeats, nu_andrei, United States Library of Congress.

Crédits icônes : Entypo