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[3000ème article] Covid-19 : combattre un virus pandémique et un poison démocratique

Pour mon 3000ème article publié sur le blog Superception, je tente de réfléchir aux enjeux démocratiques du cataclysme sanitaire qui frappe la planète.

La pandémie du Covid-19 confronte les exécutifs de nombreux pays à une crise sans précédent dans l’Histoire moderne. Elle place aussi les citoyens face à leurs propres responsabilités démocratiques.

Après la chute du mur de Berlin, on crut les querelles idéologiques enterrées à jamais. Aujourd’hui, on réalise que les valeurs occupent un rôle toujours aussi important dans le sort de nos Etats-nations. Il ne s’agit cependant plus de celles portées par les grands systèmes politiques mais des valeurs personnelles des leaders qui nous gouvernent ou aspirent à le faire.

Il me semble que leur éthique devrait jouer un rôle plus important dans le regard que nous portons sur eux et dans les choix électoraux que nous effectuons. Je mettrai en exergue à cet égard le positionnement des dirigeants politiques par rapport à ce qui est :

  • Au-dessus d’eux (la Nation) : privilégient-ils leur intérêt individuel (personnel, clanique ou partisan) ou l’intérêt général ?
  • A côté d’eux (leurs équipes) : choisissent-ils leurs collaborateurs en fonction de leur seule loyauté à leur personne ou de leur compétence ?
  • Au-dessous d’eux (les citoyens) : sont-ils conscients de leur devoir à l’égard de ceux qu’ils dirigent ou considèrent-ils que leur mandat électif leur donne des droits singuliers ?

Les réponses à ces trois questions permettent de distinguer les responsables politiques qui se servent de ceux qui servent les autres. Il est d’autant plus pertinent de s’interroger aujourd’hui à ce sujet que la gestion immédiate d’une crise sanitaire ne devrait pas représenter un enjeu politicien.

Pour rester dans le champ managérial dont relève ce blog, la théorie du leadership de service (“servant leadership” en anglais) fournit un cadre conceptuel à cet examen de nos dirigeants politiques. Créée par Robert Greenleaf dans les années 1970, elle pose que le leader-serviteur cherche à servir les individus qu’il encadre, favorisant ainsi leur autonomie et leur engagement, au lieu qu’ils ne le servent comme dans une structure hiérarchique traditionnelle :

Le fait de devenir un leader-serviteur commence par l’envie qu’a une personne de servir. Ce choix conscient l’amène à aspirer à diriger. Cette personne est très différente de celle qui est d’abord un leader. Cette différence se manifeste dans le soin que le leader-serviteur prend à d’abord servir les besoins prioritaires d’autrui“.

Des groupes tels que Marriott, Nordstrom, REI, Southwest Airlines, Starbucks ou Whole Foods appliquent avec succès cette théorie qui est l’une des plus importantes de ces soixante dernières années en matière de management d’entreprise. Mais elle est aussi éclairante pour l’univers politique où elle permet de discerner la boussole qui guide nos dirigeants.

Dans une crise comme celle du Covid-19, tous les responsables commettent des erreurs parce qu’ils sont humains. Attendre d’eux une gestion parfaite est donc chimérique. Tout en étant naturellement très exigeants à leur endroit en termes de résultats, la question qui doit également guider notre jugement est celle de l’intention : leurs erreurs interviennent-elles alors qu’ils font tout pour nous servir ou parce qu’ils essaient de se servir ?

La réponse à cette question est aisée à apporter concernant des populistes tels que Jair Bolsonaro et Donald Trump qui, pour reprendre la sentence d’Anne d’Autriche à propos de Louis XIV, ne se sont pas encore lassé de faire les capables. Mais, à un degré évidemment moindre, elle doit aussi être posée dans des pays comme le nôtre.

Pour ne prendre qu’un seul exemple, le déroulement du premier tour des municipales françaises, la veille du passage du pays en confinement généralisé, représente une faillite collective. Le Président Macron, écorché par ses premières années de mandat, ne fut pas assez légitime pour susciter à lui seul l’union nationale indispensable à son report et pas assez fort pour l’imposer. Or ses oppositions ne voulurent pas contribuer à ce nécessaire consensus et se comportèrent de manière indigne en regrettant l’organisation d’un scrutin dont elles avaient exigé la tenue. Leur manque d’intégrité ne permit donc pas de compenser la désintégration du chef de l’exécutif1.

La progression du virus dans les principaux pays touchés – (CC) The Financial Times

Le comportement de ces (ir)responsables illustre la différence entre un politicien et un homme d’Etat énoncée par James Freeman Clarke : celui-là s’intéresse à la prochaine élection alors que celui-ci se soucie de la prochaine génération. De fait, la gestion de la pandémie du Covid-19 pâtit dans de nombreux pays d’un déficit d’anticipation alors que les dirigeants étaient alertés depuis dix ans au moins, notamment par Bill Gates2 et des épidémiologistes, sur le danger d’une telle crise sanitaire et l’impréparation de la planète pour y faire face.

Il est regrettable que des dirigeants politiques qui ne se préoccupent pas du long terme jouent un rôle à court terme. Pourtant, ce sont précisément ceux-là qui, plus souvent qu’à leur tour, emportent l’adhésion des électeurs. Il faut, à ce sujet, toujours revenir à une réflexion formulée par Chateaubriand dans ses “Mémoires d’outre-tombe”, l’une des observations les plus pertinentes jamais posées sur la vie politique :

En général, on parvient aux affaires par ce que l’on a de médiocre, et l’on y reste par ce que l’on a de supérieur. Cette réunion d’éléments antagonistes est la chose la plus rare, et c’est pour cela qu’il y a si peu d’hommes d’Etat”.

Ce constat en dit au moins autant sur le peuple que sur ses dirigeants : s’il se laisse séduire par ce que les candidats ont de plus médiocre, il ne peut pas leur reprocher de ne pas être à la hauteur une fois aux responsabilités. Cet écart entre les qualités requises pour conquérir et exercer le pouvoir constitue d’ailleurs la plus grande faiblesse inhérente à la démocratie.

Espérons, sans verser dans un méliorisme béat, que, une fois l’acmé de cette crise passé, nous ayons non seulement vaincu un terrible virus respiratoire mais aussi pris conscience de notre devoir civique de mieux faire respirer la démocratie.

1 Il en va de même du Professeur Didier Raoult qui semble plus intéressé d’avoir raison médiatiquement que médicalement et qui est plus constant dans sa critique de ses confrères que dans son application, pour tester la chloroquine, des méthodologies admises par la communauté scientifique. C’est d’autant plus choquant que l’engagement de la communauté des soignants est par ailleurs si exemplaire.

2 Il a souvent expliqué que les grands pays devaient préventivement financer des appareils de protection sanitaire de même qu’ils entretiennent des infrastructures et forces militaires qu’ils n’utilisent pas souvent.

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