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Toute vérité n'est que perception

Qu’est-ce qu’un journaliste (suite) ?

Ethique de conviction et éthique de responsabilité.

J’expliquais hier pourquoi il convient à mes yeux de maintenir une distinction entre journalistes et non-journalistes, et ce même lorsque ces derniers exercent une activité s’apparentant au journalisme. Cependant, même si elle est au cœur du débat américain actuel, cette distinction n’est pas la seule clé de lecture pertinente pour répondre à la question posée dans le titre de cet article. Un autre distinguo concerne le positionnement respectif des journalistes et des sources d’information.

Un activiste – tel que Julian Assange ou Glenn Greenwald – qui révèle des informations pour faire avancer une cause, un citoyen-journaliste qui rend compte de ce qu’il voit et un blogueur qui couvre l’actualité ne sont pas des journalistes. Ils doivent plutôt être considérés comme des sources d’information.

En effet, ils communiquent généralement des informations brutes dont il appartient à des journalistes de vérifier l’exactitude, l’honnêteté et la pertinence, tout en protégeant leurs sources, puis d’en informer le public de la manière la plus juste et la plus éclairante possible. Ces trois missions ont toujours conféré à la profession journalistique sa spécificité et sa légitimité. Je ne sache pas qu’elles aient changé de nature ou soient devenues caduques aujourd’hui.

Certains pourraient être surpris que je classe Glenn Greenwald dans la catégorie des activistes plutôt que dans celle des journalistes. Après tout, Greenwald est éditorialiste au Guardian et c’est lui qui a recueilli les confessions d’Edward Snowden à propos du système de surveillance d’Internet mis en place par la NSA (National Security Agency). N’est-ce pas suffisant pour faire de lui un journaliste ? Ma réponse à cette question illustre la distinction que j’opère entre journalistes et sources.

A mes yeux, Greenwald est une source et non un journaliste parce qu’il fait prévaloir l’éthique de conviction sur l’éthique de responsabilité (pour reprendre la distinction opérée par Max Weber). C’est d’ailleurs parce que Snowden savait, du fait de l’activisme de Greenwald en tant qu’avocat, qu’il partagerait son combat qu’il l’a choisi comme interlocuteur pour effectuer sa sortie médiatique.

(CC) ajagendorf25

(CC) ajagendorf25

Certes, chaque individu ou organisation choisit l’oreille médiatique a priori la plus bienveillante pour révéler une information ou faire passer un message – ce n’est pas le directeur de la communication que je suis qui vous dira le contraire. Mais ce qui singularise l’approche de Snowden est l’interlocuteur qu’il a retenu : non pas un journaliste mais un activiste qui a tribune ouverte dans un journal.

Or le fait d’écrire dans un journal ne fait pas de quiconque un journaliste comme celui de savoir compter ne fait pas un comptable. Un comptable maîtrise des compétences et respecte des règles éthiques propres à sa profession. Il en va de même pour un journaliste.

Cependant, même les journalistes professionnels qui respectent les règles éthiques ne sont pas totalement objectifs. Pour ce faire, il leur faudrait être les seuls humains dénués d’émotions et donc d’opinions. C’est d’ailleurs parce que je considère que le journalisme totalement neutre n’existe pas que je défends, comme David Weinberger, que la transparence est la nouvelle objectivité : les journalistes sont plus crédibles lorsqu’ils nous disent quel est leur point de vue – dans les deux sens du terme – afin d’éclairer notre compréhension de leur travail.

Si personne n’est objectif, la différence est-elle si grande entre activisme et journalisme (Jeff Jarvis écrit par exemple que tout journalisme est partisan) ? A mon sens, le journalisme, imparfaite recherche de la vérité, relève de l’éthique de responsabilité alors que l’activisme, imparfaite recherche de l’idéal, tient de l’éthique de conviction.

Cela ne veut pas dire que tous les journalistes n’ont aucune conviction et que tous les activistes sont irresponsables. Cela indique seulement quelle éthique ils font prévaloir, ce qui fait toute la différence.

In fine, il appartient au citoyen de réconcilier éthique de responsabilité et éthique de conviction pour tenter de construire un monde idéal fondé sur la vérité.

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