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Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

La triple révolution que Jeff Bezos prépare au sein du Washington Post

L’opinion générale est que le fondateur d’Amazon ne dit rien de son éventuelle stratégie pour sauver le quotidien américain. Ce n’est pas du tout mon avis.

Jeff Bezos visite aujourd’hui les équipes du Washington Post au sein de sa salle de rédaction et de son imprimerie. En préambule à cette rencontre, il a accordé hier une interview au journal. Cet entretien a été analysé comme confirmant son absence de stratégie pour le vénérable quotidien. A mon sens, Bezos y dit pourtant tout de son plan et le fait avec une fine compréhension de l’environnement dans lequel il doit se faire accepter.

Toute stratégie commence par un état de lieux des forces et faiblesses de l’entreprise concernée. Le nouveau propriétaire du Washington Post est très clair à cet égard : le principal atout du journal réside dans son journalisme d’investigation et sa principale déficience concerne le fait que le modèle économique de la presse écrite n’est plus viable.

Ainsi que Bezos l’explique, un journal peut désormais consacrer beaucoup de moyens à raconter ou révéler une histoire qui sera résumée en quelques paragraphes accessibles gratuitement sur des dizaines de sites Internet. Il va même plus loin en mettant explicitement en doute l’efficacité des systèmes payants (paywalls) qui limitent l’accès gratuit à un nombre d’articles donné sur certains sites web de journaux (dont celui du Washington Post).

(CC) The Washington Post

(CC) The Washington Post

Le “génial chauve” explique ensuite la stratégie managériale qu’il applique chez Amazon depuis 18 ans : donner la priorité absolue au client, inventer et être patient. Il remarque qu’il n’y a aucune raison que cette stratégie ne soit pas également pertinente au sein du Washington Post.

Cette feuille de route est porteuse d’une triple révolution pour le journal et la presse écrite en général :

  • la plus importante concerne la relation au client. Je verserais dans la litote si je soulignais que le client n’est pas la priorité des journaux et journalistes. Absorbés par leur mission au service de la démocratie, leur égo et les pressions auxquelles ils peuvent être soumis de toutes parts, les patrons de journaux n’ont pas souvent le client à l’esprit, sauf lorsqu’il s’agit de l’appâter de manière pas toujours glorieuse. A cet égard, Bezos est on ne peut plus clair : “les lecteurs seront au coeur du Post. Je suis sceptique vis-à-vis de toute mission journalistique centrée sur les annonceurs“. En clair, Bezos met en exergue une évidence souvent oubliée par les groupes de presse : il n’y a pas d’annonceurs s’il n’y a pas de lecteurs. Et il annonce que le journal vivra dans la même logique qu’Amazon : en partant du client au lieu de concevoir son activité à partir de ses capacités internes ;
  • la volonté de Bezos d’inventer risque aussi de faire des étincelles dans une industrie des plus conservatrices où les innovations, comme les marronniers, semblent moutonnières. Le nouveau propriétaire du Washington Post annonce des expérimentations et son bilan dans ce domaine à la tête d’Amazon laisse augurer d’une série d’inventions. Celles-ci ne seront pas toujours couronnées de succès mais les plus réussies pourraient donner au Post et, partant, à la presse écrite le nouveau souffle dont ils ont besoin ;
  • la mise en oeuvre de ces expérimentations sera effectuée dans un cadre temporel qui constitue la troisième révolution signalée par Bezos, lequel affirme : “vous devez mener autant d’expérimentations que possible et aussi vite que possible. ‘Vite’ dans mon esprit signifie plusieurs années“. Quel autre journal que celui qui a, avec Bezos, un patron aussi riche que patient pourra se permettre cette approche ?

La stratégie de Bezos est donc on ne peut plus claire si on prend le temps de décoder ses propos. Certes, sa tactique n’est pas encore établie car elle dépendra des résultats des expérimentations qu’il va demander à ses équipes de développer. Mais la révolution est annoncée et elle sera passionnante à suivre. Bezos a souligné dans ses rares expressions publiques depuis son rachat du Washington Post qu’il ne serait pas le sauveur de la presse écrite. Ne le croyez pas.

Sa modestie affichée illustre sa compréhension de l’environnement qu’il pénètre : il sait qu’il a besoin des dirigeants et membres actuels de la rédaction du journal et ne doit pas leur faire une ombre excessive, qu’il doit être prudent vis-à-vis de leurs représentants syndicaux, qu’il ne va pas changer la culture du Post en quelques semaines (la triple révolution qu’il initie est en effet avant tout culturelle) et qu’il ne doit pas promettre la lune à toutes les parties prenantes d’une entreprise quasi moribonde.

Cependant, ne vous y trompez pas : Bezos a toujours annoncé très précisément ce qu’il allait faire et fait ce qu’il avait annoncé, ainsi qu’en témoigne par exemple sa célébrissime première lettre aux actionnaires d’Amazon en 1997 et l’exceptionnel succès de l’Entreprise dans les 16 années qui ont suivi.

On souhaite le même destin au Washington Post.

4 commentaires sur “La triple révolution que Jeff Bezos prépare au sein du Washington Post”

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