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Toute vérité n'est que perception

La mort est la meilleure invention de la vie

Le propre des icônes planétaires est que nous pouvons toutes et tous avoir une histoire personnelle avec elles sans jamais les avoir rencontrées. Voici celle qui m’a indéfectiblement lié à Steve Jobs en 2005. C’est une histoire de mort.

Le 12 juin 2005, Steve Jobs prononça un discours – largement cité par les médias du monde entier depuis sa mort – devant les étudiants de la prestigieuse Université de Stanford. Un an auparavant, un scanner matinal avait révélé qu’il était atteint d’un cancer du pancréas. Il lui avait alors été dit que ledit cancer était incurable et qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre. Le soir même, il passa un examen plus approfondi et les médecins se rendirent compte de leur erreur : son cancer pouvait être traité par voie chirurgicale, ce qui fut fait. Jobs se pensait donc tiré d’affaire lorsqu’il prit la parole à Stanford.

Mais cet épisode avait accru sa conscience de la mort : “Me souvenir que je vais mourir est le meilleur moyen que je n’ai jamais trouvé pour m’aider à prendre des décisions importantes. En effet, presque tout – les attentes extérieures, la fierté, la peur et la honte de l’échec – s’efface devant la mort pour ne laisser place qu’à ce qui compte vraiment. Se souvenir que vous allez mourir est le meilleur moyen que je connaisse pour éviter de penser que vous avez quoi que ce soit à perdre. Vous êtes déjà nus. Il n’y a aucune raison de ne pas écouter votre coeur. (…) La mort est très probablement la meilleure invention de la vie. C’est l’accélérateur de changement de nos vies. Elle nous permet de faire place nette du passé pour inventer le futur. (…) Votre temps est limité. Ne le gâchez pas à vivre la vie d’un autre. Ne soyez pas prisonniers des dogmes qui vous obligent à vivre en fonction des réflexions menées par d’autres que vous. Ne laissez pas le bruit des opinions des autres étouffer votre voix intérieure. Et, surtout, ayez le courage de suivre votre coeur et votre intuition. Ils savent déjà ce que vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire”.

(CC) Stanford University, Steve Jobs, YouTube

Lorsque je découvris ces mots en juin 2005, ils résonnèrent en moi comme jamais le discours d’un dirigeant d’entreprise ne l’avait fait.

Quatre ans plus tôt, j’aurai dû mourir dans un accident d’alpinisme lors d’une chute au sol de quarante mètres à la fin d’une descente en rappel sans auto-assurance. Je me vis mourir, de même que la cordée britannique qui grimpait à l’aplomb de ma chute. Celle-ci fut arrêtée miraculeusement après une grosse vingtaine de mètres. Le bilan fut également miraculeux par rapport à ce qu’il aurait dû être : outre des brûlures et dermabrasions aux mains, j’étais poly-contusionné (genoux, cuisses, coudes, thorax, dos), les plus graves de ces chocs se révélant par la suite avoir entraîné la fracture de deux vertèbres et la compression d’une troisième.

Mon accident me révéla à moi-même en me faisant prendre conscience de mes motivations et ressorts profonds, de mes limites aussi. On dit toujours que ceux qui ont frôlé la mort accordent un sens et une saveur particuliers à la vie. Je comprenais désormais la signification de cette réaction un peu abstraite tant qu’on ne la vit pas. Mon accident aiguisa ma conscience de la mort, me conduisant à vouloir profiter de chaque seconde de vie et à rendre chaque minute utile, exacerbant mon impatience naturelle. Chaque journée est depuis 2001 comme une petite vie à mes yeux, chaque matin une naissance. Le traumatisme, en l’occurrence, fut le vecteur de mon bonheur ultérieur en provoquant une relativisation radicale de mon échelle des contrariétés. Voir la mort en face me conduisit en effet à revoir ma vie, en laissant de côté les ambitions superficielles pour m’attacher davantage aux bonheurs simples que peut procurer une existence très favorisée. Ainsi faut-il presque perdre la vie pour vraiment la vivre…

C’est pourquoi le discours de Stanford de Steve Jobs m’émut si profondément. Ces mots, j’aurais pu les prononcer (moins brillamment), cette philosophie de la vie, c’était aussi la mienne.

Je crois d’ailleurs que l’émotion suscitée par le décès de Jobs relève également de son combat personnel contre la maladie. Il représente le cas unique d’un grand dirigeant dont nous avons suivi – au rythme de ses présentations de produits et de ses congés maladie – l’évolution médicale, constatant sur son visage et son physique le tribut prélevé par le mal qui le rongeait inexorablement.

L’aura des héros est d’autant plus grande qu’on les sait fragiles.

6 commentaires sur “La mort est la meilleure invention de la vie”

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Superbe post ! Très touché d’autant que j’ai vécu quelque chose de similaire récemment et que je m’interroge depuis profondément sur le sens à donner à tout cela ! Merci vraiment pour ce beau billet !

Je comprends la profondeur de ces “expériences” uniques qui ressuscitent le bonheur de la vie. Mais il ne faudrait pas laisser croire que seule la caresse de la mort peut donner plus de sens à la vie…..pierre.

Cher Pierre, ce n’est pas ce que j’ai écrit.
Ces expériences donnent plus de sens à la vie mais ce ne sont certainement pas les seules.
Chaque vie est personnelle et chaque expérience est unique.
C’est pourquoi le partage des expériences enrichit.
Xophe

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