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Toute vérité n'est que perception

Caucus de l’Iowa : trois enseignements de communication politique

Le caucus de l’Iowa a donné cette nuit le coup d’envoi de la primaire à la présidentielle américaine dans les camps démocrate et républicain. Cet Etat, bien que moyennement représentatif de l’électorat américain, et ce processus électoral, pourtant folklorique1, ont prodigué des enseignements très intéressants en termes de perception.

Il importe plus de donner le sentiment de gagner que de réellement l’emporter

Premier constat, le jeu des attentes l’emporte plus que jamais, dans la perception des résultats, sur la comparaison avec les scrutins précédents. Cette logique, déjà observée dans d’autres scrutins, y compris en France, accorde un poids démesuré aux prévisions des sondages et aux prédictions des candidats.

A cette aune, le vainqueur statique du vote républicain est Ted Cruz, qui l’a emporté (avec 27,7%) sur Donald Trump (24,3%), alors que son vainqueur dynamique est Marco Rubio, qui termine troisième (23,1%) juste derrière le tonitruant milliardaire et se positionne idéalement, même si le déroulement des primaires sera encore long et semé d’embûches, pour incarner l’épicentre du parti lors des étapes suivantes du scrutin.

Cruz et Trump avaient annoncé leurs victoires respectives, alors que l’Obama latino conservateur2 avait fait preuve de beaucoup plus de prudence, “vendant” aux médias une troisième place comme un succès.

A cet égard, la communication politique s’apparente à la communication financière, laquelle a été formidablement résumée par un célèbre adage de Warren Buffett :

Vous pouvez donner un concert de rock et avoir du succès, de même que vous pouvez proposer un ballet et faire un triomphe. Mais n’organisez jamais un concert de rock en le présentant comme un ballet“.

Côté démocrate, la gagnante statique est Hillary Clinton, qui l’a emporté d’extrême justesse (49,9% contre 49,5%) et s’offre son premier succès en Iowa (elle était arrivée troisième en 2008). Mais le gagnant dynamique est l’autoproclamé socialiste Bernie Sanders qui a réalisé l’exploit3, grâce à l’enthousiasme qu’il a suscité4, de balancer les moyens considérables mis en oeuvre sur le terrain par son adversaire. Cette victoire va lui donner un nouvel élan médiatique et financier alors qu’elle plonge le camp Clinton dans le doute.

Cependant, le dilemme de la primaire démocrate est que, si Sanders peut tuer politiquement Hillary Clinton, il n’est pas en mesure de la battre. Incidemment, il peut d’autant plus affaiblir la candidature de l’ancienne Première dame qu’il se refuse à l’attaquer sur ses dérives éthiques, au premier rang desquelles l’utilisation d’un serveur privé pour héberger ses emails en tant que Secrétaire d’Etat. La démarche de Bernie Sanders est donc empreinte d’une pureté d’autant plus dangereuse.

La stratégie de saturation médiatique de Trump a échoué

Le deuxième constat est que les médias n’ont pas fait cette élection. Toute la stratégie de Donald Trump a consisté à saturer l’espace médiatique (lire ici et ici deux articles que j’ai consacrés à ce sujet), jusqu’à lancer sa candidature durant l’été lorsqu’il était sûr de bénéficier de la plus importante couverture, pour étouffer ses rivaux.

Il a réussi à cet égard, s’octroyant, à coups de polémiques, un traitement médiatique dont aucun candidat présidentiel n’avait bénéficié avant lui. Cette frénésie, notamment cathodique, s’est traduite sur les réseaux sociaux où son omniprésence est également sans précédent.

Mais, alors que certains ont pu s’interroger légitimement sur la corrélation entre couverture médiatique et succès électoral, Trump n’a pas su convertir son ubiquité médiatique en félicité politique. Sa moindre présence que ses principaux concurrents en Iowa (où un dicton énonce que “si vous n’avez pas rencontré un candidat à la présidentielle, c’est que vous ne vous êtes pas donné beaucoup de mal“), son investissement insuffisant dans l’analyse des données relatives aux électeurs, son refus de participer au dernier débat télévisé (suite auquel il a baissé dans les sondages) et sa relative abstinence publicitaire (se reposant sur la couverture médiatique qu’il génère gratuitement) lui ont porté préjudice. On peut parier qu’il va évoluer dans ces quatre domaines.

Il a d’ailleurs déjà intelligemment tiré certaines leçons de sa défaite en prononçant un discours humble et magnanime pour commenter son résultat, s’éloignant de son message bravache de gagnant permanent. Cette allocution, comme d’autres signes qu’il a d’ailleurs lui-même reconnus, révèle que Trump devient à certains égards un homme politique, ce qui pourrait affaiblir son pouvoir d’attraction auprès d’une partie de ses fans.

Marco Rubio - (CC) Gage Skidmore

Marco Rubio – (CC) Gage Skidmore

Le sens porté par les candidats fait toujours la différence

Comme je l’explique dans mon dernier livre, “Donnez du sens, il vous le rendra“, le sens est le meilleur moteur de toute activité humaine. Toute pratique discursive qui ne donne pas du sens n’est que du bruit.

Ce n’est pas un hasard si les candidats qui ont brillé cette nuit en Iowa sont ceux qui projettent le sens le plus fort et le plus cohérent.

Côté démocrate, ainsi que je l’ai déjà noté, Hillary Clinton souffre depuis le début de sa campagne de l’absence d’un message global qui donne du sens à sa démarche et à l’engagement potentiel des électeurs à ses côtés. Son discours, ce matin (heure française), ressemblait une nouvelle fois à un catalogue de mesures censées satisfaire chacun des segments de l’électorat qu’elle tente de convaincre. En outre, le fait que son principal argument ait trait à son expérience, gage supposé de sa crédibilité, focalise une grande partie de son propos sur elle-même.

A contrario, Bernie Sanders incarne, depuis le lancement de sa campagne, un sens – la révolution sur le fond et la forme de la politique américaine au profit des classes défavorisées et moyennes – qui est aujourd’hui à l’origine d’un mouvement politique ressemblant dans une certaine mesure à celui qu’avait fait naître Barack Obama en 2008, le brio et les moyens financiers et opérationnels en moins.

La passion qui anime Sanders inspire ses supporters alors que les platitudes déclamées par Clinton ne constituent pas la meilleure voie vers le pinacle politique.

Côté républicain, deux sens sont en compétition : d’une part la révolte contre le “système” portée par l’amoral et ultra-conservateur Cruz et le tapageur et populiste Trump, et d’autre part l’espoir exprimé par Marco Rubio de la renaissance reaganienne du leadership américain.

Il se trouve que le résultats des prochaines primaires, notamment au New Hampshire et en Caroline du Sud, seront déterminés davantage qu’en Iowa en fonction du sens incarné par les candidats et moins de l’efficacité de leurs organisations locales.

1 Le caucus de l’Iowa diffère des élections primaires utilisées par la plupart des autres États. Le caucus se présente peu ou prou comme une “réunion de voisins” : plutôt que de voter dans des bureaux de vote, les habitants se rassemblent à un endroit déterminé (école, bibliothèque publique…) dans chacune des 1 636 circonscriptions. Les participants élisent des délégués aux conventions des comtés, lesquelles élisent des délégués pour les conventions des districts et de l’Etat, ceux-ci sélectionnant les délégués nationaux.

2 Qui est moins charismatique et intellectuel que son devancier.

3 Il avait 50 points de retard sur Hillary Clinton il y a six mois.

4 Et au fait que 4 démocrates sur 10 en Iowa s’identifient comme socialistes, une singularité dans ce pays.

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