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Newsletter Superception #49

Newsletter Superception du 12 mars 2016.

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Bonjour,

Cette semaine, les chaînes d’information américaines se sont surpassées dans leur traitement sensationnaliste de la candidature présidentielle de Donald Trump.

La scène se déroula mardi soir : Trump venait de gagner les primaires républicaines du Michigan et du Mississippi et, au lieu de prononcer un classique discours de victoire, il fit l’article, comme dans un télé-achat, de certains des produits qui portent sa marque (eau minérale, magazine, steak, vin…).

L’objectif du milliardaire était de répondre aux attaques de Mitt Romney, candidat républicain perdant face à Barack Obama en 2012 et désormais considéré comme un “sage” du Parti, qui avait prononcé une diatribe contre lui quelques jours plus tôt. Après avoir vilipendé ses positions politiques et son absence de morale citoyenne, Romney avait mis en cause le succès de Trump dans les affaires et présenté certains de ses produits comme des échecs patents.

Les chaînes d’information américaines diffusèrent l’intégralité de l’infopublicité de Trump, et ce alors même qu’un suspens se jouait en même temps dans la primaire démocrate du Michigan – que Hillary Clinton finit par perdre face à Bernie Sanders dans l’une des plus grandes surprises de ce cycle électoral. Les chaînes restèrent même fixées – comme hypnotisées – sur Trump lorsque Hillary Clinton commença à prononcer son propre discours, de nature politique celui-là.

Le cirque l’emporta donc sur la vie civique dans les choix de diffusion en direct des événements de la soirée et Trump bénéficia de nouveau d’une longue présence gratuite sur les écrans (plus de 40 minutes).

Les fidèles de Superception savent que j’attaque rarement les journalistes car je considère que, dans le secteur des médias, l’offre suit la demande. Leslie Moonves, le pourtant très respectable Président de la chaîne CBS, expliqua d’ailleurs il y a deux semaines : “Trump n’est peut être pas bon pour l’Amérique mais il est sacrément bon pour CBS. […] Qui aurait pu prévoir la dynamique dont nous bénéficions aujourd’hui ? Les investissements publicitaires affluent dans nos caisses et c’est merveilleux. Je n’ai jamais rien vu de tel. 2016 va être une excellente année, sur le plan financier, pour nous. Désolé, c’est une terrible chose à dire mais fais le spectacle, Donald, continue”.

En tant que citoyen, Moonves ne va pas voter pour Trump mais, en tant que patron de média, il est ravi d’engranger les dividendes de la candidature du populiste, même si celui-ci a affirmé vouloir restreindre la liberté de la presse s’il était élu.

Moonves, c’est Sganarelle. Lorsqu’on indique à ce dernier, dans “Le médecin malgré lui”, que le remède qu’il a prescrit aggrave l’état de son malade, il répond : “Tant mieux. C’est signe qu’il opère“. Moonves appréhende l’état du journalisme américain avec la même confiance béate.

Il y a quelques jours, j’écrivais à propos du “phénomène Trump” : “L’irruption de ce dernier au premier plan est le révélateur, comme d’autres poussées populistes à travers le monde, du rejet de l’”établissement” par le peuple (en partie ou en majorité). Cette nouvelle forme de lutte des classes fait d’ailleurs fi, à l’égard de Donald Trump et de certains de ses homologues internationaux, de toute notion de classe sociale pour se concentrer sur celle de classe politique. La répartition du pouvoir politique prédomine désormais sur celle du pouvoir économique dans les réflexions citoyennes. La représentation devient un sujet plus brûlant que la production. Hobbes a remplacé Marx au centre du débat. L’appréhension de la vie de la Cité en est bouleversée. Les élites politiques et médiatiques courent derrière un peuple qu’elles ont tenu à distance de leurs préoccupations et qui a décidé de faire de cet éloignement un affranchissement“.

De fait, la soumission des médias à l’opinion publique procure à Donald Trump un temps d’antenne extraordinairement supérieur à celui de tous ses concurrents : il a bénéficié, depuis le début de la campagne, de plus de 400 minutes de couverture dans les journaux télévisés du soir sur les trois grands “networks” américains contre moins de 50 pour ses rivaux républicains. En outre, il a été mentionné 95 000 fois sur les chaînes d’information continue au cours des 60 derniers jours contre 45 000 pour Hillary Clinton.

Or le statisticien Nate Silver a démontré qu’il existe une corrélation entre les résultats des primaires républicaines et deux données relatives aux candidats : leurs taux d’opinions favorables au sein de l’électorat du Parti et, surtout, leurs parts de couverture médiatique (que celle-ci soit positive ou négative).

A cet égard, comme je le relevais dès les premières semaines de sa campagne, la candidature Trump présente un paradoxe : le plus riche des candidats n’a presque pas besoin d’investir dans des publicités télévisées car il bénéficie d’un temps d’antenne gratuit disproportionné. Contrairement à l’image d’Epinal, ce n’est donc pas sa fortune qui lui permet de caracoler en tête des primaires mais la bonne fortune dont il bénéfice auprès des médias américains.

Cet avantage s’ajoute à l’autre atout dont il bénéficie dans cette campagne : sa considérable notoriété outre-Atlantique. Celle-ci est née de la visibilité de ses différentes développements immobiliers et de son rôle comme animateur d’une émission de télé-réalité centrée sur ses entreprises (“The Apprentice” puis “The Celebrity Apprentice“) qui connut un grand succès d’audience entre 2004 et 2015.

Or, dans toute campagne électorale, les candidats qui ne sont pas renommés doivent d’abord se faire connaître, faire entendre leurs positions politiques et se faire apprécier sur un plan plus personnel. Il s’agit d’un processus long lors d’une campagne nationale menée dans un pays aussi grand que les Etats-Unis. Ce n’est qu’ensuite que ces candidats peuvent présenter un contraste – politique et tempéramental – avec leurs concurrents.

La célébrité de Trump lui permit d’attaquer ses adversaires dès le début de sa campagne et de les définir négativement auprès des électeurs parce qu’il n’avait pas besoin de se présenter lui-même. Dans le même temps, ses concurrents durent se faire connaître et n’eurent pas la possibilité de l’attaquer.

Même Jeb Bush, dont le patronyme est illustre, pâtit de ce phénomène : il dut dessiner sa propre personnalité afin de se défaire de la double ombre tutélaire de son père et de son frère. Pendant ce temps, il ne put pas discréditer Trump, lequel eut, lui, tout le loisir de caractériser le jeune Bush comme un candidat manquant d’énergie, une description dont Jeb ne se remit jamais.

Dans ce contexte déjà très favorable à Trump, les médias ne se contentent pas de lui donner libre antenne. Ils lui donnent également un blanc-seing sur la nature de ses propos. Or le milliardaire occupe l’espace médiatique en proférant des énormités toujours plus extravagantes, sur le fond et/ou la forme.

Le grand nombre d’inexactitudes et mensonges qu’il énonce devrait donc donner lieu à autant de vérifications et rectifications factuelles par les médias. Pourtant, la brillante Megyn Kelly (Fox News) est la seule à jouer assidûment son rôle dans ce domaine. Les autres journalistes semblent effrayés par les réactions volcaniques de Trump et ses supporters sur les réseaux sociaux comme dans ses meetings

In fine, le provocateur républicain bénéficie d’une situation inédite dans l’histoire politique américaine : il ne subit presque aucune limite quant à l’étendue et au contenu de sa communication.

Ainsi les médias semblent-ils avoir oublié que leur premier rôle civique est de rendre compte de l’actualité et non d’enrichir leur compte d’exploitation. Certes, dans une société démocratique, les médias doivent être rentables pour pouvoir réaliser leur vocation. Mais le quatrième pouvoir n’a de sens que si la rentabilité est une condition de sa mission journalistique et non l’inverse.

Dans “La crise de la culture“, Hannah Arendt écrit que “les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité des faits. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat”.

Il serait temps que les médias américains en reviennent à ce fondamental. En effet, ils ne sont pas tant otages de Donald Trump que de leurs propres convoitise et couardise.

Si vous appréciez cette newsletter, n’hésitez pas à la recommander à vos amis et à l’évoquer sur les réseaux sociaux. Plus on est de fous, mieux on lit (car plus on peut échanger).

Bienvenue aux nouveaux abonnés, bonne lecture et bonne semaine à toutes et tous.

Christophe Lachnitt (contact@superception.fr)


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  • Best of Superception présente un florilège des articles publiés en français sur Superception durant la semaine écoulée.
  • Best of Internet est consacré aux meilleurs articles du web – relatifs aux enjeux de perception à travers la communication, le management et le marketing – que je n’ai pas pu aborder dans mes articles quotidiens sur Superception.
  • Ab hoc et ab hac, enfin, propose des contenus, dénichés au cours de mes divagations numériques, susceptibles de vous intriguer ou vous distraire.

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