Fermer

Ce formulaire concerne l’abonnement aux articles quotidiens de Superception. Vous pouvez, si vous le préférez, vous abonner à la newsletter hebdo du site. Merci.

Abonnement

Fermer

Communication.Management.Marketing

Toute vérité n'est que perception

Les quatre raisons pour lesquelles Donald Trump va perdre

Trois raisons structurelles et une raison stratégique.

Depuis avril 2015, j’ai consacré plus de vingt articles sur Superception (voir notamment ce tag et celui-ci) aux primaires démocrate et républicaine puis à l’élection présidentielle américaine.

En juillet 2015, peu après l’entrée en campagne de Trump, j’écrivais à son sujet dans “Pourquoi les médias américains se trompent sur Trump” :

Il ne sera pas élu Président des Etats-Unis mais il restera assez longtemps dans la campagne pour, avec la complicité active des médias et de ses concurrents, gangrener son déroulement“.

A ce stade, ce pronostic s’est révélé pertinent sur la durée et l’effet de la candidature Trump ainsi que la complicité active des médias et de ses concurrents. Incidemment, cette complicité révèle deux faiblesses : celle des médias en quête à tout prix d’audiences alors que leur survie économique est toujours plus difficile1 et celle des leaders Républicains en quête à tout prix de crédibilité alors que le “système” qu’ils représentent lutte aussi pour sa survie.

Aujourd’hui, à 62 jours de l’élection et alors même que CNN publie un sondage national donnant deux points d’avance à Trump sur Clinton, je confirme le pronostic que j’ai invariablement exprimé, y compris lorsque Trump semblait inarrêtable dans sa conquête de la Maison-Blanche : sauf circonstances exceptionnelles2, il ne sera pas élu Président le 8 novembre 2016.

Ma constance dans cette prévision résulte du fait que je l’ai toujours motivée par trois tendances structurelles et que Trump n’a pas voulu et/ou su les inverser au cours de sa campagne. A ces tendances s’est ajoutée une erreur stratégique majeure commise par le candidat républicain.

(CC) Gage Skidmore

(CC) Gage Skidmore

Ainsi que je le soulignais il y a deux mois, ces trois tendances structurelles relèvent d’un triple déficit idéologique, démographique et logistique :

“i) ses idées (pessimisme, autoritarisme, repli nationaliste…) sont souvent en contradiction avec celles du Parti républicain et plus globalement avec les valeurs de l’Amérique toute entière ;
ii) il suscite un rejet très important chez les femmes et les minorités ethniques (afro-américains, latinos…) qui pourrait livrer quelques Etats décisifs à Hillary ;
iii) il n’a presque pas d’équipes de volontaires locaux pour mobiliser les électeurs et se contente d’une organisation de recueil, analyse et activation des données électorales et sondagières extrêmement rudimentaire“.

Passons ces trois points en revue en commençant par les idées de Donald Trump.

Déficit idéologique

Son corpus idéologique est en complet décalage avec l’optimisme reaganien, le libéralisme économique, le messianisme géopolitique et les principes moraux du parti qu’il représente. D’ailleurs, le développeur immobilier fut longtemps inscrit comme démocrate et plus longtemps encore un généreux donateur de candidats du parti de Roosevelt et Kennedy. C’est d’ailleurs probablement la première fois qu’un candidat à une élection nationale est opposé à un(e) candidate(e) dont il a dans le passé financé des campagnes.

De fait, la vraie nature de la candidature Trump n’est pas conservatrice mais populiste. Il n’est pas motivé par la défense des principes républicains mais par l’attaque des membres de “l’établissement”. Cet assaut vise indifféremment démocrates et républicains, comme le montrent ses diatribes contre nombre de leaders du Grand Old Party qui ne lui faisaient même pas face dans la primaire.

Les enjeux sur lesquels Trump est en rupture avec la philosophie conservatrice sont légions (rôle du gouvernement, politique internationale, libre échange, avortement, assurance-maladie, immigration…), ce qui l’a conduit, depuis un an, à plusieurs volte-face et errements rhétoriques. Les deux plus spectaculaires concernèrent sans conteste l’avortement, où il passa d’un appui au libre choix des femmes à la volonté de les “punir” en cas d’avortement, et l’immigration, où il fit le grand écart entre amnistie des immigrés illégaux et construction d’un mur pour éviter que les “Mexicains violeurs” ne rejoignent l’Amérique.

Ces dérives idéologiques éloignent Donald Trump d’une partie de l’électorat républicain alors qu’il aurait besoin de rassembler le plus complètement possible son camp. Dernière illustration en date de son incapacité à ce faire, l’annonce aujourd’hui par The Dallas Morning News, le quotidien de la très conservatrice troisième ville du Texas, que, pour la première fois depuis 1968, il ne soutiendra pas le candidat républicain à la Maison-Blanche. Le titre de l’éditorial dans lequel le journal annonce cette décision est aussi symbolique que la décision elle-même : “Donald Trump n’est pas républicain“.

Déficit démographique

Il sera (presque) impossible pour Donald Trump de recueillir les 270 voix des grands électeurs requises pour emporter l’élection américaine, laquelle, rappelons-le, se déroule au suffrage universel indirect.

En effet, le nombre de grands électeurs est réparti par Etat et le candidat qui remporte la majorité dans un Etat engrange toutes les voix de ses grands électeurs. Le nombre de voix récoltées par un candidat à la Maison-Blanche au suffrage universel à l’échelle nationale compte donc moins que leur répartition par Etat. Lors de chaque scrutin présidentiel, la décision se fait dans quelques Etats dont le basculement dans un camp ou l’autre influence de manière décisive l’arithmétique des grands électeurs.

Or les catégories de population (latinos, africains-américains, femmes…) que Trump a dégoûtées avec son discours d’exclusion vont jouer un rôle capital dans plusieurs de ces Etats. A cet égard, je ne crois pas au pivot du populiste, que beaucoup d’observateurs annoncent, vers un discours et un comportement plus décents. On ne change pas sa nature profonde à 70 ans lorsqu’on n’a jamais été habitué à subir les conséquences de ses actes.

En 2012, Barack Obama remporta près de 5 millions de voix de plus que Mitt Romney au suffrage universel. Pour que Trump l’emporte cette année, il faut non seulement qu’il séduise, peu ou prou étant données les variations par Etat, tous les Américains qui ont voté pour Romney mais aussi qu’il en attire au moins 5 millions de plus sur sa candidature. Or, pour ne prendre qu’un seul exemple, Romney obtint 45% du vote féminin. On peut douter, étant donné le niveau de sa popularité auprès de ses concitoyennes, que Trump reproduise cette performance.

Last but not least, pour que Trump devienne Président, il faut que les votes en sa faveur soient enregistrés dans les Etats qui pourraient faire la différence le 8 novembre : la Caroline du Nord, le Colorado, la Floride, l’Iowa, le Michigan, le Nevada, le New Hampshire, l’Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie et le Wisconsin.

A cet égard, la carte électorale des Démocrates est plus favorable que celle des Républicains pour l’élection à la Maison-Blanche : au cours des six dernières élections présidentielles (1992-2012), tous les prétendants démocrates ont remporté les 19 mêmes Etats alors que les candidats républicains n’en ont remporté que 13, lesquels, en outre, sont moins dotés en votes de grands électeurs.

Ainsi, si Hillary Clinton reproduit la performance de ses six devanciers, ne lui manquera-t-il que 28 voix de grands électeurs pour accéder à la Maison-Blanche alors que, si Donald Trump réussit cette prouesse, il lui en manquera 168.

En clair, la base électorale présidentielle des Démocrates est plus forte que celle des Républicains. Cette équation serait difficile à résoudre pour n’importe quel candidat conservateur. Elle l’est encore plus pour un prétendant aussi clivant que Donald Trump.

C’est ce déficit démographique qui rend le manque d’attention portée par Donald Trump à sa troisième faiblesse structurelle, de nature logistique, extravagante.

Déficit logistique

L’une des différences entre les élections présidentielles américaine et française est le rôle joué, outre-Atlantique, par l’identification et la mobilisation des électeurs pour qu’ils votent le jour J.

L’équipe de campagne de Barack Obama avait produit une véritable révolution à cet égard en 2008 en tirant parti de la révolution numérique (recueil et analyse de données, réseaux sociaux). Mais le candidat démocrate ne s’était pas fié à la seule fée numérique pour faire la différence. Il s’était aussi reposé sur les talents d’organisation de son équipe, dirigée de main de maître par David Plouffe, pour traduire sa notoriété et sa popularité en votes.

Donald Trump, au contraire, semble convaincu que la taille des audiences télévisées qu’il rassemble et le bruit qu’il génère sur Twitter seront suffisants pour l’emporter. L’inexpérience de son équipe de campagne ne lui permet pas de corriger les effets désastreux de ce péché de vanité.

(CC) U.S. Embassy London

(CC) U.S. Embassy London

Aujourd’hui, Hillary Clinton dispose de trois fois plus de bureaux de campagne (291 contre 88) que Trump dans les quinze Etats-clés (essentiellement ceux cités plus haut). C’est un écart sans précédent entre deux campagnes présidentielles. Cela signifie que Clinton bénéficiera d’un nombre beaucoup plus grand de volontaires pour appeler les électeurs et frapper à leurs portes le 8 novembre prochain.

En outre, la présence de l’organisation Clinton sur le terrain est souvent beaucoup plus ancienne, et donc beaucoup mieux implantée, formée et connue, que celle de la campagne Trump. En cette matière, le temps perdu ne se rattrape pas.

A ce déficit de présence locale, s’ajoute un énorme retard de Trump sur Clinton en matière de recueil et analyse des données relatives aux électeurs. Clinton a perfectionné le modèle mis en place par l’équipe Obama, ce qui lui permet d’adapter ses messages et sa tactique aux différents groupes d’électeurs.

Une élection présidentielle américaine n’est pas (encore) une émission de télé-réalité. C’est sur le terrain qu’elle se gagne.

Erreur stratégique

Au-delà de ces trois déficits structurels (idéologique, démographique et logistique), il est une quatrième raison qui motive mon pronostic sur la défaite de Donald Trump. Elle concerne la formidable erreur stratégique qu’il a commise, ici aussi en raison de son narcissisme.

La meilleure, voire la seule, chance de Donald Trump de remporter la présidentielle américaine était de la transformer en référendum pour ou contre Hillary Clinton, dont on ne réalise pas en France le discrédit outre-Atlantique. Celle-ci est en effet, avec Trump, la candidate à la Maison-Blanche la plus impopulaire de l’histoire américaine moderne. Ils forment d’ailleurs un duo invraisemblable, chacun ne pouvant gagner la présidentielle contre aucun autre candidat que celui qui leur est opposé cette année.

J’ai expliqué plusieurs fois sur Superception les raisons de l’impopularité de Hillary Clinton qui peuvent être résumées en trois points : son manque de colonne vertébrale politique, son refus de suivre les règles communes et son incapacité à inspirer confiance ou envie. C’est pourquoi, contre tout autre candidat que Clinton, Trump serait beaucoup plus distancé dans les sondages qu’il ne l’est aujourd’hui.

Or, au lieu de faire jouer l’impopularité de Clinton en concentrant toute sa campagne sur ses faiblesses politiques et éthiques, Trump a adopté une stratégie doublement suicidaire :

  • focaliser la course à la Maison-Blanche sur sa personne en faisant sans cesse la Une de l’actualité par ses provocations, transformant ainsi la campagne en référendum pour ou contre Trump et non pour ou contre Clinton3 ;
  • attaquer presque tout le monde (leaders républicains, journalistes, autorités morales, célébrités…) sauf Hillary Clinton, le faîte absurde de cette tactique étant sa charge contre le Pape François.

Trump avait le choix entre être la vedette de la campagne et possiblement devenir Président des Etats-Unis. La star de télé-réalité n’a pas su sortir de son élément naturel. Or sa zone de confort a créé de l’inconfort pour une majorité de ses concitoyens.

Hillary Clinton, une victoire doublement historique

Le Parti démocrate n’a pas remporté trois élections présidentielles de suite depuis les années 1940. Comme je l’exprimais cet été, la victoire de Hillary Clinton représenterait non seulement l’accès d’une femme à la Maison-Blanche pour la première fois mais aussi le positionnement de Barack Obama comme le pendant démocrate de Ronald Reagan.

Les médias abordent les élections comme des courses de petits chevaux et entretiennent le suspense, parfois artificiellement, afin de maintenir l’intérêt de leurs publics. Je suis convaincu que c’est aujourd’hui le cas dans la relation médiatique – sinon l’analyse – de la présidentielle américaine.

A cet égard, les sondages peuvent être trompeurs : en 1980, Ronald Reagan remporta une victoire écrasante alors qu’il n’était pas largement en avance dans les sondages et, cette année, le Brexit prévalut outre-Manche alors qu’il n’était pas donné favori.

L’ancien astronaute et sénateur John Glenn a expliqué qu’il existe deux moyens de mener une campagne électorale : “sans opposition ou apeuré“.

Dans cette élection, les deux candidats ont fait campagne sans réelle opposition – étant données les faiblesses de leur adversaire – et c’est le peuple américain qui est apeuré.

Le jour de l’élection, j’ai analysé mon erreur de pronostic et les ressorts du scrutin : Pourquoi je me suis trompé sur la présidentielle américaine : l’avènement de la kakistocratie

1 Ce qui, je suis convaincu, les conduit encore plus que d’habitude, consciemment ou inconsciemment, à relater que cette élection présidentielle est plus serrée qu’elle ne l’est en réalité afin de renforcer l’intérêt des programmes et articles qu’ils lui consacrent et, partant, les audiences qu’ils génèrent.

2 Je fais par exemple ici référence à une improbable implosion de Hillary Clinton pendant les débats, de nouvelles publications par WikiLeaks d’informations piratées au sujet de la candidate démocrate ou un attentat important commis outre-Atlantique avant l’élection.

3 A cet égard, il sera intéressant d’observer l’attitude de Trump durant les débats avec Clinton pour voir s’il “fait le show” ou est discipliné dans ses attaques contre son adversaire. Si tel était le cas, il faudrait y voir l’influence de Roger Ailes, l’ancien conseiller en communication de Richard Nixon et Ronald Reagan et patron récemment congédié de Fox News en raison d’un scandale de harcèlement sexuel, qui conseille discrètement Trump.

4 commentaires sur “Les quatre raisons pour lesquelles Donald Trump va perdre”

› Ajouter un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Remonter

Logo créé par HaGE via Crowdspring.com

Crédits photos carrousel : I Timmy, jbuhler, Jacynthroode, ktsimage, lastbeats, nu_andrei, United States Library of Congress.

Crédits icônes : Entypo